Pourquoi le conflit peut-il être nécessaire ?
Avant de répondre, commençons par définir ce qu'est un conflit.
Le mot vient du latin conflictus, qui signifie « lutte » ou « combat ».
Pour les psychologues Edmond Marc et Dominique Picard, le conflit est une situation relationnelle « structurée autour d’un antagonisme » : autrement dit, une opposition entre des individus ou des groupes.
Alors, pourquoi le conflit peut-il être nécessaire ?
Parce qu'il peut jouer un rôle collectif et individuel.
À l'échelle collective : le conflit peut souder
Imaginez un film dans lequel plusieurs personnages passent leur temps à s'opposer.
Chacun défend ses intérêts, ses idées, sa place.
Puis un événement extérieur les menace tous.
Soudain, leurs désaccords passent au second plan. Ils doivent faire front commun.
Le conflit avec l'extérieur peut alors renforcer le « nous ».
En se confrontant à un « autre », un groupe clarifie ce qui le rassemble : ses valeurs, ses limites, son identité. Les rivalités internes peuvent temporairement s'effacer et le sentiment d'appartenance se renforcer.
Mais le conflit collectif peut aussi avoir une autre fonction : faire évoluer les règles.
Lorsqu'une règle ne correspond plus à la réalité ou qu'un déséquilibre devient difficilement supportable, le conflit le rend visible. Il agit comme un signal d'alarme.
Il oblige alors les acteurs à discuter, négocier, parfois médiatiser leur opposition pour trouver un nouvel équilibre.
Le conflit peut ainsi devenir un point de départ pour faire évoluer les règles sociales.
À l'échelle individuelle : le conflit peut nous faire évoluer
Le conflit ne se joue pas uniquement entre les personnes.
Il peut aussi se produire à l'intérieur de nous, lorsque ce que nous pensions savoir ne suffit plus à comprendre une situation.
C'est notamment ce que permet de penser Jean Piaget avec le concept d'équilibration.
Face à une situation nouvelle ou contradictoire, nos représentations peuvent être mises en difficulté. Nous devons alors les ajuster pour retrouver un nouvel équilibre.
Autrement dit :
quelque chose ne fonctionne plus → nous devons réorganiser notre manière de penser → un nouvel équilibre peut émerger.
Le conflit peut donc être déstabilisant, mais cette déstabilisation peut aussi être structurante.
Alors, faut-il chercher le conflit ?
Non.
Le conflit n'est ni une solution miracle, ni quelque chose qu'il faudrait provoquer pour faire avancer les choses.
Mais vouloir supprimer tout conflit n'est pas forcément souhaitable non plus.
Un conflit peut révéler un désaccord, mettre en lumière une règle devenue inadaptée, obliger à redéfinir les places ou amener chacun à revoir ses représentations.
C'est peut-être là tout son paradoxe :
le conflit vient perturber un équilibre. Mais cette perturbation peut parfois permettre d'en construire un nouveau.
Sources:
• Benharda, I. (2022). L’art de pacifier nos conflits. Toulouse: Editions Erès.
• Marc, E., & Picard, D. (2015). “Conflit et relation”, Gestalt n°46, pp.129 à 142.
•Piaget, J. (1975). L’équilibration des structures cognitives: problème central du développement. Presses universitaires de France.
